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saint françois                         de molitor
© Yannick Boschat
saint françois de molitor
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Horaire des Messes Informations pratiques
Dimanche 24 septembre
Messe à l’intention du Père Gabriel Delort-Laval
Homélie proncée par lui à Saint-François
un 25ème dimanche du temps ordinaire


« Cherchez le Seigneur! » Voilà l'exhortation du prophète Isaïe.
Il n’y a rien de plus urgent, de plus nécessaire, de plus vital ...et de moins partagé !
« Chercher le Seigneur », cela veut dire que le Seigneur n'est pas facile à trouver,  
pas facile à comprendre.
« Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur.
« Mes chemins ne sont pas vos chemins. »
Dieu est autre, tout autre, et nous devons apprendre Ses voies,
apprendre Ses pensées, apprendre Ses chemins.
Il faut pour cela nous dépouiller, nous désencombrer,
nous libérer des faux dieux, des idoles, des caricatures de Dieu, des réductions de Dieu,
tous ces dieux à notre mesure que sans cesse nous nous fabriquons.
Dieu ne correspond jamais à l'idée que nous nous en faisons spontanément.

Nous devons comme Israël, quitter l'Égypte et passer dans le désert
pour nous libérer de nos idoles. Nous devons vivre cet inconfort.
Cet inconfort de la surprise, nous laisser surprendre par Dieu qui n'est pas comme nous.

La parabole que nous venons d'entendre nous aide dans cette démarche.
Elle nous aide à penser autrement.
Cette parabole est choquante. Elle est prévue pour cela !
Si nous ne sommes pas choqués, ou étonnés,
c'est sans doute que nous y sommes trop habitués,
que nous ne l'écoutons plus, ou que nous refusons d'être surpris par Dieu.
Cette parabole des ouvriers de la onzième heure, comme on l'appelle parfois,
est d'abord à comprendre à partir de la dernière phrase, comme souvent.
 « Les derniers seront premiers et les premiers seront derniers. »
Cela répond visiblement à une question, une interrogation.
La même sans doute que celles des pharisiens
à qui s'adresse Jésus dans la parabole du fils prodigue.
Ils sont choqués parce qu’aux tout derniers convertis, les pécheurs,
Jésus fait bon accueil ;
Comme à eux-mêmes, les fils ainés, qui ont toujours été fidèles.
Les derniers venus sont traités en premier, avec égard.

Cela peut également faire écho au contexte de la première communauté chrétienne, 
composée essentiellement de juifs devenus chrétiens et qui accueillent des païens.
Des païens convertis qui sont traités comme les autres.
Et vous savez bien que, quand des communautés sont composées
 d'origines, d'histoires opposées, différentes, cela crée des tensions.
Sans doute, dans cette Église naissante
y a-t-il des chrétiens issus du judaïsme qui se disent :
« Tout de même, nous, nous avons depuis tant de siècles porté le poids du jour,
porté le poids de l'Alliance, vécu l'exil, les ruptures d'alliance,
les retours d'alliance, oui, nous avons porté le poids de Dieu,
et voilà ces païens qui débarquent,
et qui sont intégrés à la même communauté que nous !
Le Seigneur est-il bien juste de nous traiter tous de la même façon ? »
A travers cette parabole Jésus donne une réponse à cette interrogation, 

mais c'est pour Lui l'occasion d'aller encore plus loin.
L'occasion de révéler que Dieu n'est pas comme nous,
de révéler quelque chose de Son mystère.
Cette révélation, c'est que chacun est appelé à recevoir le même salaire,
qui n'est pas lié à son mérite, mais à la seule bonté de Dieu.

Alors cette bonté de Dieu était-elle donc injuste ?

Que chacun reçoive la même chose, quels que soient ses mérites!
C'est la réaction des ouvriers de la première heure.
Cette réaction nous dit quelque chose du cœur de l'homme.
Car finalement, ces ouvriers de la première heure, pourquoi ne sont-ils pas contents ? 
Ils sont choqués parce que les autres ont autant qu'eux.
Comme le leur dit le maître:
« Je ne vous vole pas. Nous étions convenus d'une pièce d'argent,
vous avez ce qui était conclu, je ne vous vole rien. »
Mais la bonté du maître révèle la jalousie du cœur de ces hommes,
qui vivent de comparaisons,
cette tentation de vouloir avoir plus que les autres.

Le problème de Dieu, c'est qu'Il ne pense pas comme nous.
Ou plutôt, notre problème, c'est que nous ne pensons pas comme Dieu :
le Seigneur ne donne pas plus à certains,
Il donne tout à chacun. Il donne tout à chacun ...
Mais qu'est- ce que le Seigneur nous donne?
Quelle est donc cette pièce d'argent qu'Il donne à chacun de ses ouvriers si,
dans cette parabole, il s'agit bien de Dieu ?
Si c'est bien Lui le maître de la vigne, quelle est cette pièce d'argent ?
Je vous laisse une seconde y réfléchir car elle est la clé de cette parabole. ..

La pièce d'argent - le même salaire donné à chacun -, c'est Jésus le Seigneur.
C'est Dieu lui-même qui vient à nous pour se donner à nous.
Et quand Dieu se donne, Il se donne tout entier.
Voilà pourquoi le maître ne peut pas donner moins aux derniers arrivés:
car Il se donne Lui-même, et quand Dieu se donne, Il se donne tout entier.
Voilà pourquoi le maître ne peut pas donner plus aux premiers,
car en leur donnant son Fils, il leur donne tout.
Et on ne peut pas donner plus qu'un don infini.
La pièce d'argent, pour nous, c'est le don du Fils de Dieu,
que nous accueillons chacun à la mesure de notre désir,
et non pas à la mesure de la générosité du donateur.

À nous d'être le plus accueillant au don de Dieu,
d'être le plus accueillant à Son Esprit, pour nous laisser transformer,
pour être de plus en plus rayonnants de cette bonté dont nous sommes comblés.

Alors, frères et sœurs, demandons au Seigneur qu'Il nous guérisse
une bonne fois pour toutes de la tentation de la comparaison.
« Comparaison n'est pas raison », nous dit une formule,
surtout quand il s'agit de comparer des dons de Dieu.
Chacun est invité à recevoir ce que le Seigneur lui propose,
qui est unique et qui est commun à chacun: ce don, c'est Lui-même.

Par cette Eucharistie, nous accueillons la parole de Dieu,
nous accueillons le Fils de Dieu qui se fait notre nourriture,
nous accueillons cette pièce d'argent: qu'elle soit notre joie.
Réjouissons-nous de L'accueillir, réjouissons-nous d'être nombreux à L'accueillir,
et prions pour tous nos frères qui sont encore sur la place,
sans avoir été embauchés,
qui n'ont pas entendu cet appel,
et ignorent la bonté du maître.

Que notre vie soit pour eux un témoignage.
Que notre accueil du don de Dieu donne à d'autres le désir de partager notre joie.
Amen.

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